T'en souviens-tu Godin ?

Gérald Godin

GÉRALD GODIN (1938-1994)[1]

Originaire de Trois-Rivières, où il est né le 13 novembre 1938, Gérald Godin a été journaliste, poète et politicien. Il s’est établi à Montréal au début des années 1960 pour poursuivre ses diverses activités professionnelles, littéraires et journalistiques, ainsi que sa relation amoureuse avec l’auteure et interprète Pauline Julien. Trois tumeurs cérébrales découvertes entre 1984 et 1993 sont responsables de sa mort prématurée le 12 octobre 1994, alors qu’il n’est âgé que de cinquante-cinq ans. Tous s’entendent encore aujourd’hui pour dire qu’il lui restait tant à accomplir pour le Québec : la défense et la promotion de la langue française, l’ouverture aux immigrants et aux communautés culturelles, le désir de bâtir une société plus juste… des idéaux qui sont toujours au cœur de nos préoccupations.

Godin, le journaliste

Gérald Godin a débuté sa carrière de journaliste en signant des articles dans le quotidien trifluvien Le Nouvelliste (1958-1963), puis dans Le Nouveau Journal à Montréal (1961-1962). Il a ensuite été journaliste à Québec-Presse (1969-1974), dont il est l’un des membres fondateurs, et où il a occupé différents postes de direction entre 1972 et 1974. Documentaliste puis chef d’information à l’émission Aujourd’hui de la télévision de Radio-Canada entre 1963 et 1968, il a publié durant cette période des nouvelles et des essais dans la revue Parti pris (1964-1966). Enfin, il a été chroniqueur au magazine Maclean (1975-1976).

Parallèlement à son travail de journaliste, il a collaboré à trois longs métrages : coscénariste (en 1965) d’Entre la mer et l’eau douce (1967), fiction de Michel Brault, dans lequel il joue un rôle secondaire, recherchiste (en 1968) pour IXE-13 (1971), fiction de Jacques Godbout, recherchiste (en 1968-1969) pour On est au coton, documentaire de Denys Arcand (1971).

Godin, le poète

Âgé de 21 ans seulement, Gérald Godin publie, en 1960, son premier recueil de poèmes, Chansons très naïves, dont le vers liminaire exprime l’essence même de tout poète : « les yeux clos je voyageais ». À la suite de la publication des recueils Poèmes et cantos (1962) et Nouveaux poèmes (1963), c’est par ses Cantouques, publiés chez Parti pris en 1966, qu’il frappe l’imaginaire des Québécois. Tel le « cant-hook » des draveurs « trimballant » les billots de bois, ses poèmes servent à « trimballer » des sentiments. La lecture qu’il fait de quelques-uns de ces poèmes à La nuit de la poésie en 1970 est passée à l’histoire et les événements de la Crise d’octobre 1970 lui inspirent en partie l’écriture de Libertés surveillées (Parti pris, 1975).

Les premières années de sa carrière politique, après son élection en 1976, sont marquées d’un certain silence sur le plan littéraire malgré sa participation à la deuxième Nuit de la poésie en 1980. Cependant, dès 1983 se succèdent les publications de quatre nouveaux recueils : Sarzènes (1983), Soirs sans atout (1986), Poèmes de route (1988) et Les botterlots (1993), doublés du roman L’ange exterminé (L’Hexagone, 1990).

Depuis, André Gervais, son ami et éditeur, veille à l’édition de  son œuvre. Il publie en 1991, directement en édition de poche, Cantouques & Cie (L’Hexagone, coll. « TYPO »), un choix de poèmes suivi d’un long entretien, puis propose en 2001 une édition revue et augmentée d’Ils ne demandaient qu’à brûler (1987), rétrospective de l’ensemble de ses poèmes préfacée par Réjean Ducharme. Parallèlement, il a colligé récits, nouvelles, articles et réflexions de Godin dans les recueils Tendres et emportés (Lanctôt, 1997) et Écrits et parlés I et II (L’Hexagone, 1993-1994, 3 volumes).

Gérald Godin, l’éditeur

Si Parti pris, la revue d’avant-garde, a existé d’octobre 1963 à l’été 1968 (39 livraisons), les Éditions Parti pris, prolongement de la revue, ont existé de février 1964 à décembre 1984. Laurent Girouard en devient le premier directeur en 1964 et démarre la collection « Paroles » dans laquelle sont publiés six livres. Gérald Godin, qui en devient le deuxième directeur de l’été 1965 à l’hiver 1977, démarre la collection « Aspects », assurant l’édition de 98 livres. Enfin, Gaëtan Dostie occupe le poste jusqu’en 1984.

On ne peut s’empêcher de remarquer que cette petite maison, sans beaucoup de moyens, a publié, Godin directeur, des œuvres aussi « étonnantes » et diversifiées que l’autobiographie de Pierre Vallières (Nègres blancs d’Amérique. Autobiographie précoce d’un « terroriste » québécois, 1968), les poèmes de Denis Vanier (Lesbiennes d’acid, 1972) et les Œuvres créatrices complètes de Claude Gauvreau (1977), les essais de Gilles Bourque (Classes sociales et question nationale, 1760-1840, 1970) et l’album de Louise de Grosbois, Raymonde Lamothe et Lise Nantel (Les patenteux du Québec, 1974).

Godin, le politicien

Lors de la Crise d’octobre 1970, comme quelques centaines d’autres intellectuels et militants québécois soupçonnés d’entretenir des liens avec le Front de Libération du Québec, il est incarcéré sans mandat d’arrestation conformément à la loi  sur les mesures de guerre promulguée par le gouvernement fédéral libéral de Pierre Elliott Trudeau. Cette semaine passée derrière les barreaux n’est évidemment pas sans influencer l’orientation que prend alors le militantisme de Godin : il passe de la parole aux actes en se présentant aux élections de 1976 pour le Parti québécois de René Lévesque.

Contre toute attente, il bat, le 15 novembre 1976, le premier ministre sortant, Robert Bourassa, dans son propre comté. Dès lors et jusqu’au mois précédant sa mort, il est député de Mercier. Il est successivement adjoint parlementaire du ministre des Affaires culturelles (1979), adjoint parlementaire du ministre de la Justice (1979-1980), ministre de l’Immigration (1980-1981), ministre des Communautés culturelles et de l’Immigration (1981-1984, puis 1984-1985), membre du Conseil du Trésor (1981-1985), ministre d’État intérimaire au Développement culturel et scientifique (1982), ministre responsable de l’application de la Charte de la langue française (loi 101) (1982-1985), ministre délégué aux Affaires linguistiques (1984), ministre des Affaires culturelles (1985).

À la mémoire de Godin…

Un établissement d’enseignement

Moins d’un an après sa mort, le 30 août 1995, le Premier ministre du Québec, Jacques Parizeau, et le Ministre de l’Éducation, Jean Garon, annoncent la création du cégep Gérald-Godin dans l’Ouest de l’Île de Montréal. Le cégep, situé dans la municipalité de Sainte-Geneviève, ouvre ses portes à une première cohorte d’étudiants à l’automne 1999 et accueille dans ses murs la salle de spectacle Pauline-Julien.


Un édifice et une place

Le 18 septembre 1995, l’immeuble servant de siège social au ministère des Affaires internationales et au ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (360, avenue McGill, dans le Vieux-Montréal) s’appellera désormais l’édifice Gérald-Godin.

Le 20 novembre 1996, le comité exécutif de la Ville de Montréal décide de nommer place Gérald-Godin une des places publiques les plus fréquentées située sur l’avenue du Mont-Royal, entre les rues Berri et Rivard. Le poème « Tango de Montréal » retranscrit sur le mur d’un édifice surplombe la place.

Un prix

Le 10 mai 1995, Gérald Godin reçoit à titre posthume le Grand Prix culturel de Trois-Rivières pour l’ensemble de son œuvre. Pauline Julien dépose aussitôt le montant à la Société des écrivains de la Mauricie pour qu’il soit distribué sous la forme de quatre bourses à des écrivains de la relève de la région. Ce prix est désormais connu, dans le cadre des Grands Prix culturels de Trois-Rivières, sous le nom de Prix de littérature Gérald-Godin.

Un documentaire 

À partir de documents d’archives, certains inédits, et d’entrevues, le documentariste Simon Beaulieu propose un long métrage sur la vie politique et littéraire de Gérald Godin. Salué par la critique, ce film, Godin (2011), rassemble des témoignanges de Denys Arcand, Gaëtan Dostie, Jacques Elliott, André Gervais, Jacques Godbout, Guy Godin, Jacques Parizeau, Malcom Reid, Brigitte Sauriol et Joseph Xénopoulos.

Une exposition

« Être ou ne poète », une exposition de la BaNQ (jusqu’au 10 novembre 2013)

Les commissaires André Gervais, ami et éditeur de Gérald Godin, et Bertrand Carrière, artiste-photographe, se sont réunis pour exposer un portrait sensible et inspirant du poète-politicien dans cette exposition où textes, images et slams se font échos. Accompagnés dans leur travail par un groupe de jeunes photographes du cégep André-Laurendeau ainsi que par les slameurs D. Kimm et Ivy, Gervais et Carrière nous rappellent l’essentiel : tout ce qu’il ne faut pas oublier de ce Québécois d’exception.

Un anniversaire !

La communauté du cégep Gérald-Godin organise une série d’événements afin de célébrer le soixante-quinzième anniversaire de naissance du poète-politicien. T’en souviens-tu, Godin ? aura lieu dans les murs du cégep durant la semaine du 11 au 15 novembre 2013. Bienvenue à tous !


[1] Pour une biographie plus complète, on consultera la chronologie établie par André Gervais dans Gérald Godin, Tendres et emportés, récit et nouvelles, Outremont, Lanctôt, 1997, p. 97-131. Voir aussi Gérald Godin, Traces pour une autobiographie. Écrits et parlés II., édition préparée par André Gervais, L’Hexagone, 1994.

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